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 Autriche: Messages en provenance des prisonniers

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Daniel
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MessageSujet: Autriche: Messages en provenance des prisonniers   Jeu 24 Juil 2008, 23:08

Autriche: Messages en provenance des prisonniers
24/07/2008

Cela fait maintenant bientôt six semaines que nos compagnons ne sont plus à nos côtés.

Des visites qui leur sont faites, il ressort que l'une des choses les plus importantes pour les prisonniers est le courrier qu'ils reçoivent du monde entier.

S'il vous plaît, continuez à les aider à garder le moral en leur laissant un petit mot :

Voici des lettres écrites en prison que nous avons reçues de Felix, Elmar et Chris

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Lettre de Felix

Chers amis, soutiens et personnes intéressées,

Je n'arrive toujours pas comprendre ce qui m'est arrivé. C'est comme un mauvais film. Aujourd'hui, je suis en prison depuis trois semaines et un jour, et je n'ai toujours pas eu entièrement accès au dossier d'accusation. Ce dont je suis accusé est toujours opaque !

Mais une chose est sûre, je continuerai à militer pour les droits des animaux et le véganisme, et je ne laisserai pas l'État m'intimider pour que j'arrête !

L'ampleur de la solidarité est incroyable. Je suis ému presque jusqu'aux larmes quand je vois le nombre de personnes qui prennent position pour les droits des animaux et contre cette brutalité policière arbitraire.

Il semble qu'il y ait de plus en plus de gens qui soient prêts à se battre de façon désintéressée pour un monde meilleur.

Amicalement, Felix

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Lettre d'Elmar
Cher lecteur,

Je fais partie des dix militants pour les Droits des animaux qui ont été arrêtés de manière totalement imprévisible il y a environ trois semaines, suite à 23 opérations policières en Autriche.

Le mercredi 21 mai, peu après 6 heures du matin, plusieurs policiers masqués de la WEGA ont détruit ma porte d'entrée et m'ont réveillé en hurlant. Ils avaient des armes pointées sur moi.

Immédiatement, ils ont pris mon téléphone portable et au moins 20 policiers en civil ont commencé à fouiller et à mettre sens dessus dessous mon appartement, la cave et ma voiture.

J'étais en état de choc complet. Je ne savais pas que j'avais le droit de demander à ce qu'une personne de confiance puisse être présente pendant la fouille, et le résultat a été qu'il m'a été impossible de vérifier que les biens saisis provenaient réellement de mon domicile.

À ce moment-là, je me disais que tout cela devait être une erreur et je pensais pouvoir me rendre à mon travail quelques heures plus tard, comme d'habitude.

Lorsqu'un fonctionnaire m'a suggéré d'emporter un livre pour lire, j'ai été troublé. J'ai pris le premier que j'ai pu attraper sur une étagère. Ce livre allait devenir très important pendant les trois semaines à venir : Le procès de Kafka.

Ce n'est qu'après plusieurs heures et plusieurs interrogatoires, officiels ou non, au poste de police que j'ai vraiment pu lire mon mandat d'arrêt et de perquisition.

Dans le mandat, j'ai trouvé des références très générales à des douzaines de délits ayant eu lieu depuis 1997, commis par des personnes non nommées - « personnes émanant du milieu militant pour les Droits des animaux ». L'un d'entre eux était censé être une attaque à la bombe puante contre des magasins de fourrure.

Apparemment, ces délinquants anonymes ont revendiqué la responsabilité de ces actes sous le nom de l'A.L.F. (Front de Libération Animale). Résultat, les crimes ont été attribués à une « organisation criminelle » (§278a StGB).

« Par conséquent » - comme il est trompeusement écrit à la fin du mandat d'arrêt -, il y a suspicion contre « l'organisation criminelle ». Sans aucune indication tangible et sans aucune preuve, voici comment on se retrouve très vite emprisonné dans ce pays.

Théoriquement, au moment de l'arrestation, l'avocat de la défense devrait avoir « un accès complet et exhaustif » aux dossiers. Ceux d'entre nous qui ont eu de la « chance » ont eu accès à 25 % des dossiers après deux jours, les autres ont dû attendre bien plus longtemps.

Dans ces 1 000 pages, mon nom n'apparaît qu'une fois : totalement hors contexte, comme un nom à rechercher dans l'un des PC saisis.

Après trois jours passés en cellule, j'ai été placé en détention préventive. Il y aurait risque de complicité, mais je ne sais pas de quoi je pourrais être « complice ». Il me semble qu'il s'agit de codage de données.

Par désespoir et pour protester contre les mesures prises, qui me semblent totalement injustifiées, j'ai entamé une grève de la faim le lendemain. La Convention internationale des droits humains stipule que : « Toute personne arrêtée doit être informée, dans le plus court délai et dans une langue qu'elle comprend, des raisons de son arrestation et de toute accusation portée contre elle. »

Huit jours après mon arrestation, j'ai reçu une autre petite partie de mon dossier. Sur trois appels téléphoniques, qui ont été enregistrés, où je philosophe d'une façon générale sur le codage de données, le procureur général et le juge arrivent à la conclusion que je suis un « expert en traitement de données » pour cette « organisation criminelle ». Exactement comme « M. K. » dans « Le Procès ». Je ne sais toujours pas quel délit je suis supposé avoir commis !

Mes faibles espoirs que la vérité soit rétablie et que la justice soit respectée sont finalement en train d'être détruits après 17 jours d'emprisonnement en isolement et 12 jours de grève de la faim.

Le 6 juin, lors de l'audition de détention préventive, les arguments et les faits n'étaient plus pertinents. Bien que nos objections soient sensées (emploi abusif du §278a, manque total de preuves et de soupçon de délit), non seulement le tribunal n'a pas été impressionné, mais il n'a fait absolument aucun commentaire. Les juges – théoriquement – indépendants ont signé un document apparemment préparé et imprimé d'avance pour une prolongation de la détention préventive.

Ma confiance dans l'État constitutionnel a définitivement disparu. Mon emploi probablement aussi.

D'un point de vue affectif, mais aussi officiel, une grève de la faim semble plus justifiée que jamais.

Tous les 10, nous avons peur que l'Autriche n'ait rien appris de l'« Opération Spring » : un film autrichien concernant des enquêtes de police et des poursuites contre des Africains soupçonnés d'appartenir à un réseau de trafic de drogue nigérian. Le film pose la question de savoir si les accusés ont jamais eu la chance d'avoir un jugement équitable.

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Amicalement, DI Elmar Völkl

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Lettre de Chris

Salut

Je suis en prison maintenant depuis quatre semaines – sans aucune raison ! La première semaine, j'ai été détenu à Innsbruck, après que la police ait fouillé pendant quatre heures toute notre maison, dans laquelle vivent ma femme et nos trois enfants. Pendant la fouille de la maison, j'ai dû rester assis menotté dans la cuisine.

Le jeudi 29 mai 2008, j'ai été transféré à la prison de Wr. Neustadt. Wr. Neustadt semble être plutôt plus « confortable » - si un prisonnier peut employer ce mot – comparé à Innsbruck.

La nourriture végane à Wr. Neustadt est bien meilleure qu'à Innsbruck. Pendant toute la semaine passée à Innsbruck, j'ai seulement eu du pain complet, une ou deux fois du riz complet et de la salade dont j'ai dû rincer l'assaisonnement parce que personne n'a pu m'en donner les ingrédients. Lorsque j'ai demandé de la nourriture végane, le fonctionnaire et le médecin m'ont dit : « Ici, c'est une prison, par un centre de remise en forme ! ». Ici, à Wr. Neustadt, ils cuisinent aussi pour les végans. Par exemple, aujourd'hui, nous avons eu du tofu pour la première fois.

Chaque jour en prison est pratiquement identique aux autres. À six heures du matin, les néons s'allument dans les cellules. Nous devons faire nos lits avant sept heures, et pendant la journée nous sommes seulement autorisés à nous allonger sur les lits complètement vêtus et non recouverts d'une couverture. À sept heures, c'est le petit déjeuner. Les végans reçoivent des bananes, du pain complet, de la margarine et de la confiture.

Vers huit heures, les premiers prisonniers sont autorisés à sortir dans la cour – une heure par jour, et c'est la seule heure passée à l'extérieur. À la prison d'Innsbruck, la cour était uniquement recouverte de bitume et on ne pouvait voir que des clôtures et des murs, mais ici, à Wr. Neustadt, il y a de l'herbe et même un arbre, un sorbier.

Les lundis et les jeudis, nous sortons dehors un peu plus tard, parce que ces jours-là nous pouvons nous doucher par groupes de quatre à huit détenus. Lorsque nous sommes dehors, un fonctionnaire et trois ou quatre caméras nous observent. La plupart des prisonniers marche très lentement, ou simplement s'assoit et fume. Je marche très vite, parce que j'ai l'habitude de faire de l'exercice. Je dépasse souvent les autres prisonniers d'environ trente tours. J'essaie d'apprécier et d'utiliser la seule heure à l'extérieur aussi bien que possible.

C'est le seul moment que je passe avec d'autres prisonniers, à part la personne avec laquelle je partage ma cellule. Les autres prisonniers sont là, par exemple, pour vol ou attaque à main armée. Beaucoup d'entre eux devront rester en prison longtemps. Ceci rend encore plus grotesque le fait d'être ici parce que je suis accusé d'appartenir à une « organisation criminelle ».

Il semble que je sois le seul non fumeur de la prison. Depuis mon arrestation le mercredi 21 mai, j'ai partagé ma cellule avec cinq personnes différentes, trois à Innsbruck et deux à Wr. Neustadt. Quatre sur les cinq présentaient des symptômes de manque de drogue, tous étaient des fumeurs invétérés.

Les personnes qui ont des symptômes de manque sont vraiment épuisantes. Le prisonnier avec lequel je partage ma cellule actuellement a, par exemple, dans la nuit de dimanche à lundi, vomi toutes les 15 minutes dans un seau, sur le lit superposé du haut, pendant que j'étais allongé dans le lit du dessous. Bien que je ne comprenne pas les gens qui prennent des drogues et que je sois totalement contre, je me sens navré pour ces gens.

Vers onze heures et demie, on nous donne le déjeuner. Vers cinq heures du soir, c'est le dîner. Le matin, j'écris, je lis ou je dessine principalement. Après le déjeuner, je regarde souvent la TV. À deux heures et demie de l'après-midi, je regarde toujours Bob l'éponge à la TV.

Il y a quelques jours, j'ai reçu un carnet de dessin et des aquarelles. Je suis en train de faire mon autoportrait et un portrait de mon codétenu, parce qu'il me l'a demandé. J'ai aussi commencé à dessiner les portraits de mes trois enfants à partir de leurs photos, que j'ai avec moi.

Depuis que j'ai été arrêté, j'ai écrit presque une centaine de pages, un peu comme un journal et des réflexions à propos de mon arrestation. J'ai aussi répondu à toutes les lettres de ma famille et de mes amis. Je reçois beaucoup de courrier, cette semaine j'ai déjà reçu dix cartes postales et quatre ou cinq lettres – j'aime recevoir du courrier, particulièrement de ma femme et de mes enfants.

Le pire, ici en prison, est d'être séparé de ma femme adorée et de mes enfants chéris. Je ne peux décrire à quel point ils me manquent. Mon fils aîné, Samuel, a dix ans. Il a été tellement choqué par mon arrestation qu'à sa première visite il n'a pas pu s'arrêter de pleurer. Noah a cinq ans. Je ne peux pas oublier les signes d'au revoir qu'il me faisait lorsque j'ai été arrêté. Ma fille Talia, deux ans, est la plus jeune. Je suis très inquiet pour ma relation avec elle. Notre relation pourrait être sérieusement détériorée suite à cette séparation. Je dois me forcer à arrêter de penser à tout cela, sinon je sens que je deviens fou d'inquiétude. Karin, Talia, Noah et Samuel, vous ne pouvez pas imaginer à quel point vous me manquez. À part la souffrance de ne pas pouvoir être avec ma femme et mes enfants, je m'inquiète pour notre avenir suite à cette arrestation, et particulièrement pour notre situation financière.

Bien que je travaille la plupart du temps à mes activités artistiques – que vous pouvez voir sur [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] – je travaille aussi depuis dix ans comme restaurateur pour un archéologue. Je m'occupe du nettoyage, de la préservation et de la restauration de découvertes archéologiques – principalement du Moyen-âge. J'espère vraiment que je pourrais continuer mon travail après ma libération – qui devrait d'ailleurs avoir lieu maintenant, puisque je suis innocent.

Je peux continuer à créer aussi ici en prison, même si je n'ai pas le matériel ni les outils, je peux dessiner et concevoir – et je peux écrire. Ma cellule fait environ 2,5 x 6 mètres. Dedans, il y a un lit superposé, deux placards, une étagère, une table, deux chaises, un lavabo et des wc à part. Il y a aussi une fenêtre avec des barreaux. Dans la cellule, nous avons aussi la télévision et une radio, ce que je n'avais pas à Innsbruck où je suis resté une semaine entière.

À Wr. Neustadt, je suis dans la cellule 9 et mon numéro de prisonnier est 91001.

Lorsque je vois les émissions pour enfants que je regarde à la maison avec les miens, je ne peux m'empêcher de pleurer. Même des images de familles heureuses ou d'enfants, ou les mots « famille », « enfants » ou « maison » suffisent à me frustrer et à me faire pleurer. Je pense que le temps passé en prison serait plus facile si je n'avais pas une famille dont je suis séparé. D'un autre côté, ma famille est une des raisons pour lesquelles cet emprisonnement sans aucune accusation doit cesser rapidement.

Même si je suis désespéré parce que je suis séparé de Karin, Talia, Noah et Samuel, et même si j'ai peur pour notre situation économique, je suis sûr que je sortirai de prison vivant.

Pas comme les millions d'animaux qui, chaque année, meurent après leur emprisonnement. Est-ce que faire quelque chose d'artistique et d'actif contre cette injustice est un délit ?

Depuis la prison, salutations pour Karin, Talia, Noah et Samuel, je vous aime !
Chris

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