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 Un bon texte sur le prosélytisme végétarien

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MessageSujet: Un bon texte sur le prosélytisme végétarien   Dim 07 Mar 2010, 20:16

http://altersociete.over-blog.com/article-pour-un-proselytisme-eclaire-45846906.html



Je vais partir de ce point:
il y a beaucoup de gens qui ne comprennent pas le prosélytisme végétarien.

Nous, les végés, entendons souvent de la part d'autrui des paroles du genre "vous avez fait votre choix alimentaire, laissez-nous le nôtre, c'est notre liberté". Et lorsque nous sommes interloqué-e-s ou attristé-e-s par les habitudes alimentaires de notre entourage, lorsque nous le disons, en tout cas, c'est à peu près comme si nous nous offusquions de ce que telle personne pète en public, alors que nous proscririons cette pratique.
Tu ne pètes pas en public, nous dit autrui, et c'est là ton droit. Moi je pète, et c'est également mon droit. Chacun-e son mode de vie, je n'empiète pas sur ton territoire et tu n'empiètes pas sur le mien.

Dans ce raisonnement en apparence cohérent, il y a une profonde ignorance (simulée? réelle?) de ce qui motive notre choix de vie. Si nous nous abstenons de manger la chair des animaux, ce n'est pas par un quelconque dégoût gustatif (je parle pour moi, en tout cas), ce n'est pas parce que la couleur verte nous emballe et que la couleur rouge-brune nous rebute, ce n'est pas en tant qu'adorateurs inconditionnels du tofu, c'est parce que nous sommes profondément révoltés et que nous désapprouvons très fortement l'exploitation des animaux, qui fait de leur vie et de leur mort une souffrance quasi continue (en tout cas, dans les élevages industriels), et que donc, il nous semble logique de ne pas participer à cette exploitation. Si le fait de s'abstenir de chair animale ne garantit pas que l'exploitation des animaux cesse, en tout cas, la consommation de chair animale garantit qu'elle continue. Premier choix, donc, ne pas participer indirectement aux systèmes d'exploitation que nous réprouvons.

Cet engagement, s'il est un premier pas, logique, contre l'exploitation des animaux, n'apparaît pas comme une finalité, du moins pour une grande partie des végétarien-ne-s. Notre choix de vie, ce n'est pas quelque chose du genre "je me lave les mains de l'exploitation animale, et j'ai la conscience tranquille, tout va bien". Notre choix de vie, c'est un engagement personnel dans une démarche plus large. Nous aspirons à un monde dans lequel le gavage, la castration à vif, le débecquage, ou l'abattage à la chaîne, qui causent tant de détresse aux animaux, n'existent plus. Pour prendre une posture réformiste qui est difficilement contestable, nous voulons d'un monde dans lequel l'élevage, en tout cas dans sa forme industrielle, n'existerait plus. Dans une telle perspective, il est possible de lutter à un niveau institutionnel, de militer pour que les poules aient de plus grandes cages, pour que le transport des animaux dure moins longtemps, des choses comme ça. C'est la démarche de la PMAF, par exemple, qui est tout à fait louable. Mais face à un système très fort, très organisé, qui a de multiples ressources pour faire feu de toute forme de contestation (c'est le message de Bidoche), nous pensons aussi que les pratiques de consommation alternatives, si elles se généralisent, constituent une entrave forte au système agro-industriel de production de la viande. C'est pour cela que nous avons envie que beaucoup, beaucoup de gens fassent notre choix, au mieux deviennent vegan, au minimum boycottent les produits de l'élevage industriel. Nous demander de "laisser chaque personne faire son choix", c'est à peu près la même chose que de demander à un militant engagé contre les violences faites aux femmes de respecter le choix d'autrui de violenter sa femme, même si lui, personnellement, ne violente pas la sienne.

Et c'est là où les choses deviennent compliquées. Car nous avons tendance à penser qu'il suffit d'expliquer autour de soi la réalité de l'exploitation des animaux pour que la consommation de produits qui en sont issus cesse tout simplement. On pense qu'il suffit d'un pas de souris aux gens qui aiment profondément leur chien ou leur chat pour se soucier de l'existence des autres animaux et cesser de participer à leur maltraitance indirecte, mais non, ça ne marche pas ainsi. On pense qu'on va envoyer un petit film sur le gavage autour de nous et que, hop là!, nos dix destinataires vont aussitôt faire le choix de ne plus manger de foie gras, et envoyer le film à dix personnes qui feront le même choix... En réalité, il y a déjà beaucoup de gens qui ne voudront pas voir le film, pour des raisons qu'on peut bien imaginer: le monde est déjà assez moche, on a déjà assez de soucis comme ça, Noël approche et on n'a pas tant de plaisir que cela dans la vie... Il y a des gens qui verront le film, qui seront ébranlés, et qui soit arrêteront tout de suite le foie gras, soit cesseront petit à petit, parce que les habitudes alimentaires, ce n'est pas si simple que cela à changer, parce qu'elles sont chargées de valeurs sociales, culturelles, affectives...

Les militant-e-s chevronné-e-s du végétarisme que je connais font en général le choix de ne pratiquement pas communiquer sur la souffrance animale, et de se focaliser sur l'écologie et la santé. Illes n'affrontent pas les personnes en face, mais plutôt leur transmettent des éléments que les autres s'approprieront seul-e-s, et pas sous le regard de la personne végé, instance potentielle de jugement (à l'instar d'E., qui diffuse des DVDs sur l'exploitation animale mais surtout, laisse les personnes les regarder seules, chez elles, face à leur ordi, sans qu'elles aient à se justifier). Ces militant-e-s restent silencieux/ses dans des situations qui pourraient pourtant les mettre fort mal à l'aise (I. m'a raconté s'être retrouvée, à une réunion de travail, entourée de personnes portant de la fourrure, que ce soit des manteaux entiers ou des cols - elle n'a rien dit). En revanche, si on les questionne, ces militant-e-s répondent aux questions, calmement, sans aller jamais au-delà des interrogations qu'on leur soumet.
Sans toujours réussir à adopter cette attitude, je constate effectivement qu'elle fait ses preuves. En fait, je suis parfois surprise que telle personne, à qui j'ai parlé une fois ou deux de mon mode de vie, vraiment sans vouloir la convaincre, me dise qu'elle est devenue végétarienne, ou bien qu'elle évolue dans cette direction! Au contraire, j'ai l'impression qu'il y a des personnes pour lesquelles ça ne sert vraiment à rien de s'épuiser, parce qu'elles portent en elles un fort tabou sur l'idée d'apporter de la considération aux animaux: prendre en considération leurs besoins et leurs souffrances, croient-elles, cela remettrait en cause les bases de l'humanisme, et pourrait conduire à cautionner les pires atrocités sur les humains. Ce raisonnement tordu en apparence, qui a été développé par Paul Ariès, et repris dans une émission de radio sur l'antispécisme, rapportée dans l'ouvrage en ligne Psychologie du crime de l'exploitation animale,n'est pas si rare qu'on pourrait le croire.
Il y a un autre facteur à prendre en compte quand on s'adresse à autrui: il s'agit de la difficulté que nous avons tou-te-s à reconnaître notre tort, et parfois, la prédominance de notre volonté d'avoir raison sur celle d'adopter un comportement éthique (l'autre jour, pour aller faire mes courses, j'avais garé mon Vélib dans un endroit où il gênait le passage, et lorsqu'on me l'a fait remarquer, je me suis défendue vivement, alors qu'en réalité je n'étais pas très défendable). Ce n'est pas évident de dire "Ah oui, c'est vrai, tu as raison". Surtout quand on discute d'une pratique qui est très enracinée dans l'histoire culturelle et individuelle. Nombreux sont les gens, lorsqu'on dit qu'on est végétarienne, qui expliquent que leur grand-père tuait des lapins, et qu'ils ne trouvent, en conséquence, rien à redire à cela (mes grands-parents aussi étaient éleveurs et tuaient des animaux, cela ne m'empêche pas de contester l'élevage et l'abattage des animaux).

Je voudrais élargir un peu mon propos. Ce qui me semble vraiment important, lorsqu'on milite, lorsqu'on fait oeuvre de prosélytisme (car oui, je suis prosélyte, dans le domaine des modes de consommation, qu'ils concernent les animaux ou les écosystèmes en général, dans le domaine politique aussi, et je ne crois pas être la seule dans ce cas), c'est de comprendre un peu le monde mental dans lequel autrui évolue.
Ce qui me frappe en tant que militante politique, c'est, tout d'abord, à quel point nous nous adressons presque toujours à des personnes déjà convaincues, déjà sensibilisées. Quand nous organisons des réunions publiques par exemple, les gens qui viennent sont soit des adhérents du mouvement, soit des adhérents de mouvements proches, politiques ou associatifs, soit des ami-e-s... Vous allez me dire, c'est déjà bien. Sauf que mes ami-e-s non politisé-e-s, précisément, ne viennent jamais. Nous échangeons donc, à ces rencontres, entre nous, des éléments qui nous permettent de nous forger une vision critique de la société, et de construire un projet politique alternatif.
Dans les réunions qui traitent d'écologie, dans celles où on parle de droits des animaux, c'est un peu la même chose. Nous échangeons entre nous, nous construisons notre approche du monde, mais nous avons peu d'occasions de lui faire percuter des visions radicalement opposées. Pour sortir de l'entre-soi, il existe des possibilités, qui ne concentrent pas, à mon avis, l'essentiel des énergies militantes de tout poil. On peut par exemple tenir des stands (sur le végétarisme) ou bien distribuer des tracts (politiques) sur le marché.
C'est là où la nécessité de comprendre autrui, de faire preuve d'empathie, joue un rôle très important. Je ne vais pas trop m'étendre parce que cet article est déjà très long, mais je voudrais mentionner plusieurs approches qui me semblent aller dans ce sens. Je crois que ces approches sont utiles à la fois pour militer au quotidien, pour savoir comment s'adresser à autrui, et pour construire des démarches militantes plus larges. Puissent les associations, les partis politiques et les mouvements divers se les approprier.

La Dissociété, qui me semble être un ouvrage très important, pose la question de la diffusion très large de l'idéologie néolibérale: qu'est-ce qui fait qu'une idéologie qui conduit à une politique néfaste pour (presque) tous connaît un si grand succès? L'analyse de la manière dont cette idéologie imprègne les différentes classes de la société me semble particulièrement pertinente. Et le recours à la psychologie sociale est un outil d'analyse tout à fait fécond pour expliquer comment le collectif peut soutenir des idéologies réprouvées individuellement, comme le culte de la performance, ou le chacun pour soi.
Les approches de Philippe Laporte dans Psychologie du crime de l'exploitation animale, et de Melanie Joy dans ses textes sur le carnisme, vont dans le même sens: elles ne balaient pas d'un revers de la main le fait que la grande partie de la population se nourrisse de chair animale tout en chérissant certains animaux domestiques. Au contraire, elles cherchent à comprendre quels mécanismes peuvent permettre de résoudre la contradiction, ou en tout cas, de maintenir ensemble les deux credos/affects/pratiques: manger du cochon et chouchouter son chat.
L'approche du philosophe Jean-Pierre Dupuy va aussi dans ce sens lorsqu'il essaie de comprendre la contradiction entre des énoncés toujours plus catastrophistes sur l'évolution écologique du monde, et une inertie politique que rien ne semble ébranler. C'est que "savoir n'est pas croire", écrit-il dans Pour un catastrophisme éclairé.

Je n'ai pas du tout la prétention ici de décrire plus précisément ces approches, dont chacune possède sa propre complexité, mais il me semblait intéressant de mentionner leur démarche commune, et surtout la pertinence, lorsqu'on milite pour l'une ou l'autre de ces causes qui sont bien difficiles à faire avancer dans notre société, puisqu'elles sont ultra minoritaires et qu'elles contestent l'idéologie hégémonique, de se les approprier.

On en reparlera. J'espère.
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MessageSujet: Re: Un bon texte sur le prosélytisme végétarien   Mar 09 Mar 2010, 09:19

Intéressant et troublant.
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Un bon texte sur le prosélytisme végétarien
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