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 Ces bêtes qu'on abat. Journal d'un enquêteur dans les abattoirs français (1993-2008).

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Daniel
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MessageSujet: Ces bêtes qu'on abat. Journal d'un enquêteur dans les abattoirs français (1993-2008).   Sam 22 Aoû 2009, 15:52

Les animaux, malades de la peste humaine


Les consommateurs de viande que nous sommes presque tous ne se doutent que très superficiellement de ce qui se passe dans les grands centres de production de viande en vue de sa consommation humaine, à savoir les usines à élevage intensif et les abattoirs dont le but est de fournir au marché des produits carnés. Le consommateur, même le plus critique et le mieux informé, manque des informations lui permettant de se faire réellement une opinion fondée en faits vérifiés et irréfutables et donc en raison. Pourquoi ce déficit en informations ? Parce qu'aucune institution publique ne souhaite réellement l'en informer ! C'est que la situation dans ces centres de production de viande est tellement grave qu'il faudrait une volonté politique pour transformer ce qu'il faut bien appeler une zone de non-droit en un espace juridique et éthique (rêvons un peu ...) de responsabilité et de respect envers les animaux. Zone de non-droit qui s'accompagne, et c'est en cela qu'il faut la dénoncer, d'une quantité de violence jamais atteinte jusque là par l'homme à l'endroit des animaux : c'est la thèse que défend avec une précision inouie et une rigueur impressionnante Jean-Luc Daub dans l' ouvrage important qu'il vient de publier : Ces bêtes qu'on abat. Journal d'un enquêteur dans les abattoirs français (1993-2008).

La force et l'intérêt de ce livre résident précisément dans le fait qu'il s'agit d'une enquête digne de la plus grande rigueur sociologique : des descriptions très précises du fonctionnement de dizaines d'abattoirs visités pendant près de 6 ans, la volonté de respecter une certaine mais difficile objectivité pour ne pas être être accusé de partialité et donc de militantisme dogmatique, le désir de comprendre le travail de ceux qui tuent les animaux pour nourrir les humains et enfin l'analyse des nombreux et révoltants actes qui sont à l'origine de cette violence industrielle infligée aux animaux, violence présente dans les gestes des employés, dans les modes de fonctionnement de ces lieux où, selon la législation, aucun animal ne doit sortir vivant, dans la réduction de ces êtres sensibles à une dérisoire valeur marchande qui viole leur statut d'être vivant et enfin dans la lâcheté de ceux qui devraient être plus présents et plus conscients de leur responsabilité, à savoir les dizaines de vétérinaires censés exercer une surveillance sanitaire à l'égard de ces lieux d'abattage, mais semblant s'être habitués à cette "banalité du mal" qui leur interdit, pour beaucoup d'entre eux, de ressentir de la compassion et par conséquent de se révolter devant cette exploitation industrielle du vivant non humain, de ces animaux de boucherie.

Un exemple, parmi des milliers d'autres, tiré de cette enquête exceptionnelle : que veut dire élever un animal dans ce que l'auteur n"hésite pas à appeler " les élevages intensifs et concentrationnaires" ?



"Ici, l'élevage ne consiste pas à mener à l'âge adulte, mais à faire grossir, à développer de la chair, à faire de la viande. L'animal n'est rien d'autre qu'une chose à produire de la viande. (...) La prise de poids est maîtrisée par la seule alimentation dans un contexte d'élevage où l'animal n'a aucune activité physique. Il est donc inutile de donner trop d'aliment, même si l'animal a encore faim, car il y a un seuil à partir duquel l'aliment se transformerait en graisse et non en viande; or ce qui est valorisé en "poids carcasse" à l'abattoir, c'est la viande."



C'est cette logique économique qui est à l'origine de la violence qui s'exerce sur les animaux que nous mangeons et qui se diffuse même dans les manières de mettre fin à leur existence : souvent, dans les abattoirs, en raison de la pression de la demande de viande, les employés commettent des actes horribles sans même s'en rendre compte en ne respectant pas les simples règles de mise à mort et de découpe de l'animal :



"En plus, les employés n'attendaient pas la fin de la saignée pour intervenir. Alors que le sang coulait encore et à plein débit, ils découpaient les antérieurs, puis la tête. A ce moment-là, les bovins n'étaient toujours pas morts. On pouvait voir un employé qui avait du mal à couper les antérieurs, le bovin les retirait systématiquement et s'agitait. (...) Le directeur et le président de l'abattoir m'ont dit qu'il fallait aller vite après l'étourdissement." Or, d'après le règlement qui organise le fonctionnement de ce type d'industrie alimentaire, en effet, les employés sont obligés d'attendre la fin totale de l'écoulement du sang avant de procéder à la découpe de l'animal, sans même parler de l'abattage rituel pratiqué par les sacrificateurs juifs et musulmans, souvent dans les mêmes abattoirs, où il est strictement interdit de procéder à un quelconque assommage de l'animal et où la saignée se fait pendant que celui-ci est en pleine conscience de lui-meme !. Et ce au plus grand mépris de la législation !

Ces scènes atroces, qu'aucun observateur extérieur ne supporterait, sont tirées de milliers d'autres vues et vécues par l'auteur qui donnent à son témoignage une valeur d'autant plus grande qu'il ne juge pas, mais fait l'effort, contre sa sensibilité même, de proposer des solutions pratiques pour diminuer la souffrance des animaux à la mort et à l' agonie desquels il assiste quand même ! Solutions qui sont souvent rejetées par les acteurs de cet univers de mort, avec des argumeuts irrationnels qui témoignent tous du fait que la plupart des hommes n'ont encore aucune idée, aucune représentation claire de ce que peut-être la souffarnce des bêtes, avant et pendant leur abbatage . Le consommateur n'ayant aucune idée de ce que sont ces systèmes industriels d'élévage et d'abbatage des animaux, le système d'exploittion se maintient d'autant plus efficacement qu'il est quasiment impossible de pénétrer dans ce milieu de désolation pour la plupart des individus. Mais la princiape justification de ce système repose sur la consommantion elle-même qui cautionne, d'une certaine manière, ces pratiques largement d'élevage et de mise à mort, majoritairement répandues, sans même savoir qu'elles existent et à quoi elles ressemblent.

Que faire dans ces conditions limites qui mettent en péril la vie de millions d'animaux ? Cet univers d'exploitation repose sur une inertie considérable justifiée par nos pratiques alimentaires qui semblent se satisfaire de cette situation insupportable : d'où la seule solution pour diminuer cette quantité de violence, solution radicale mais en l'état actuel des choses, unique pour sortir de cette réalité selon l'auteur Jean-Luc Daub :



"Si vous voulez-vraiment faire quelque chose pour les animaux dits de boucherie, le mieux est de ne plus les manger. De ne plus acheter de viande en pensant aux trois millions d'animaux abattus chaque jour en France. C'est le plus beau cadeau que l'on puisse faire aux animaux. "

Solution extrème qui serait théoriquement efficace dans une économie de marché comme la nôtre, mais solution impossible en raison de lourdes et pesantes traditions culturelles et culinaires françaises reposant sur une consommation importante de viande qui éloigne de toute prise de conscience publique de cette fabrication industrielle et concentrationnaire de viande ; en raison aussi de nombreux et puissants groupes de pression qui vivent de cette misère animale ; en raison de la lâcheté des pouvois publics qui ont, au fond, intérêt à ce que ce secteur économique prospère pour le plus grand profit des éleveurs, des industriels et des consommateurs; en raison, enfin, de l' égoïsme foncier de l'Homme, prisonnier de ses "petits" plaisirs alimentaires et dont le comportement hédoniste est la meilleure et la plus puissante justification de ce système de mort industriel.

Laissons le mot de la fin à l'auteur de cette éprouvante et émouvante enquête qui ne peut que susciter l'admiration du lecteur que je suis :


"Cependant le consommateur est toujours prêt à pleurer sur la misère des animaux dits de boucherie, mais il semble incapable de vouloir vraiment la soulager puisqu'il continue à manger le produit de cette misère qu'est la viande. Par contre, il est probable qu'il se donne bonne conscience en adhérant à telle ou telle association de protection des animaux. Nous sommes responsables du sort des animaux par nos choix alimentaires et nos achats."

Par jaquis

http://www.mediapart.fr/club/blog/jaquis/130809/les-animaux-malades-de-la-peste-humaine

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